A MADAME ET MESSIEURS LES MEMBRES DU CONSEIL DE BANK AL-MAGHRIB
M. Abdellatif FAOUZI, Directeur Général de Bank Al-Maghrib ;
M. Abdelaziz MEZIANE BELFQUIH, Conseiller de Sa Majesté le Roi ;
M. Zouhair CHORFI, Directeur du Trésor ;
Mme Meriem BENSALEH CHAQROUN ;
M. Bassim JAI-HOKIMI ;
M. Mohamed BENAMOUR ;
M. Mustapha MOUSSAOUI ;
M. Abdellatif BELMADANI ;
La prochaine réunion du conseil de Bank Al-Maghrib sera consacrée, entre autres, à la présentation à votre honorable assemblée du projet Schéma Directeur des Ressources Humaines (SDRH) et du projet de Statut du personnel de Bank Al-Maghrib, en vue de leur adoption définitive.
En tant que partenaires sociaux responsables et ayant un intérêt particulier à la préservation des acquis et des droits de l’ensemble des salariés de la banque, toutes catégories confondues, nous, représentants des syndicats FDT et UGTM de Bank Al-Maghrib, portons à votre connaissance que nous avons été sciemment écartés et exclus par les autorités de la banque de toute concertation au sujet de ces projets dont la teneur est hautement sociale. Cette exclusion s’est faite d’une manière délibérée en dépit de tous les appels au dialogue que nous n’avons cessé de lancer à l’intention du Gouvernement de la banque. Celle-ci s’est faite aussi en violation caractérisée des dispositions du Code du Travail en vigueur, qui font de la concertation et de l’association des partenaires sociaux à tout changement d’ordre social, un principe de base et un fondement des relations socioprofessionnelles devant caractériser l’entreprise dans sa dimension humaine, citoyenne et moderne.
Pour les raisons citées ci-dessus, nous vous informons que nous émettons nos plus grandes réserves à l’égard de ces projets, en cours de validation, relatifs à la gestion du personnel de la banque dont les fondements vont à l’encontre des principes d’équité, de droit et de justice.
En effet, pour éviter toute situation de dumping social et avant d’entamer la mise en œuvre d’un projet de SDRH, investissement très lourd et complexe, il aurait été opportun de réaliser, au préalable, une mise à niveau de la situation sociale et professionnelle du personnel de la banque. Ainsi, pour organiser la profession dans la foulée des réformes de mise à niveau entreprises au sein de la banque, le Wali de Bank Al-Maghrib aurait dû soumettre au personnel de l’Institut d’Emission des propositions sérieuses et des engagements concrets contre le démantèlement de notre système social en vigueur, sachant qu’aucune simulation comparative ( en termes de salaire, d’évolution de carrière, de critères de promotion, d’affectation aux postes de responsabilité, …) n’a été faite à ce jour entre le système actuel et le système proposé.
La politique de recrutement qui a été pratiquée depuis 2003, en toute infraction avec le statut du personnel en vigueur et qui a concerné un nombre massif de nouvelles recrues qui ont, pour bon nombre d’entre elles, bénéficié d’emblée de hauts grades, allant de celui d’attaché de direction à celui de cadre de direction, disposant de salaires élevés, voire très élevés pour une certaine catégorie, affectée à de hauts postes, sans pour autant avoir démontré leurs capacités à occuper lesdites responsabilités ; tel que directeur d’entité, adjoint au directeur d’entité, chef de département autonome, chef de département interne, etc.
D’autre part, il convient de remarquer que le personnel en activité à la banque a eu à subir par le passé et jusqu’à nos jours, toute la panoplie des dispositions du statut du personnel en vigueur depuis 1995, en franchissant un à un les grades, en fonction de la périodicité programmée et selon le rythme d’évolution de carrière en liaison avec la notation annuelle émise par la hiérarchie. Toutes les générations du personnel de BAM ont dû se soumettre, après de longues années de patience, à des examens de passage pour accéder aux grades de cadre d’attaché ou de cadre de direction, pour prétendre occuper des postes de responsabilité, conformément aux règles établies et aux postes laissés vacants par les cadres et agents concernés suite aux départs à la retraite. Cette politique de gestion des ressources humaines ambiguë, nous mène à relever avec stupéfaction et consternation, que beaucoup parmi les nouvelles recrues ont démissionné ou sont sur le point de le faire, et que certains parmi les agents retraités sont toujours en activité.
A travers le nouveau statut du personnel et le SDRH, pilotés par un agent retraité chargé de gérer les ressources humaines, il y a lieu de se poser la question : comment le gouvernement de la banque compte-t-il mener une stratégie engageant l’avenir des ressources humaines actives et quelles seront ses conséquences, à moyen et long termes, sur les besoins et attentes du personnel, et globalement sur le fonctionnement de la banque ?
Pour quelle raison le gouvernement de la banque ne veut-il pas préserver les sécurités fondamentales du statut du personnel en vigueur, tout en répondant aux aspirations diverses des agents, anciens et nouveaux, en matière de promotion interne, de reconnaissance des qualifications et d’ancienneté de service, étant souligné que la « nouvelle stratégie ressources humaines », dans sa mouture actuelle, ne répond pas aux véritables attentes des agents, ni aux problèmes posés à la gestion de la banque ?
Nous nous permettons de rappeler que la gestion de la banque, depuis sa création et jusqu’à une période récente, a toujours été citée en exemple au niveau national, et que par conséquent, une grande partie des chantiers importants engagés, nécessite de mûres réflexions et une large concertation avec l’ensemble du personnel en vue d’une adhésion sage et volontaire de tout un chacun.
Par excès de précipitation et en adoptant de tels agissements contraires à l’éthique et au code de déontologie, aux principes de transparence devant régir les relations socioprofessionnelles au sein de la banque, le risque d’incompréhension des agents, quant aux finalités projetées, s’accroît de jour en jour, et le doute s’installe à l’échelle de notre Institut. De tels actes ne plaident nullement en faveur d’un environnement professionnel motivant et conforme aux attentes du personnel. La gestion dynamique des ressources humaines doit prévoir des alternatives aux employés ne désirant pas s’aventurer dans un projet qu’ils ne partagent pas.
Avant d’engager un projet de SDRH de grande envergure, il aurait été utile de se référer aux expériences de succès et d’échecs enregistrées à l’égard des SDRH au sein d’organismes nationaux et étrangers. Le SDRH n’est pas un instrument qui doit être géré à la va-vite, de manière autoritaire et strictement confidentielle. Le SDRH n’est qu’un instrument, et il doit être compris dans ce sens. La philosophie qui préside actuellement au pilotage du SDRH s’appuie sur une stratégie discrétionnaire de dilution des responsabilités au profit des directions d’entités qui sont en charge d’opérer les reclassements des agents, à leur insu, en prévision du fait accompli. La vitesse d’exécution dudit projet aura, à cet égard, des conséquences fâcheuses préjudiciables et pouvant être à l’origine de beaucoup de dégâts sur le personnel.
Dés lors, pourquoi imposer une situation de fait aux agents alors que la banque s’appuie sur le système en vigueur qui a fait ses preuves ? Pourquoi ne pas appliquer un tel projet aux nouvelles recrues qui ont intégré la banque depuis 2003 et ce, à l’instar de ce qui a été fait pour ce qui a trait à la retraite ?
L’avis des agents de la banque dans tout changement à opérer doit être entendu et pris en considération car il y va de la crédibilité de tous. Tout cela est possible, pour peu que le gouvernement de la banque ait démontré des prédispositions à mener à bien de véritables négociations allant dans le sens de la préservation des intérêts de l’ensemble du personnel.
Nous portons à votre connaissance que le nouveau statut du personnel, qui est loin d’offrir des garanties actuellement inscrites dans le statut du personnel en vigueur, ne fera que régulariser les dérapages d’une politique de recrutement illégale et formaliser une situation de fait, que seul le gouvernement de la banque veut instaurer selon une vision sans partage, ni concertation avec les principaux concernés.
En s’attaquant à notre régime social et au statut du personnel, le gouvernement de la banque poursuit une démolition dans les règles du personnel. Pour quelle raison, le gouvernement de la banque insiste-t-il uniquement sur l’idée que les agents ne perdront pas leurs acquis, sans soulever la garantie d’évolution de carrière que prévoit l’actuel statut ? Pour quelle raison, le gouvernement de la banque, qui a procédé, récemment, à une énième réorganisation, veut-il construire le SDRH à partir d’un rattachement des agents aux fonctions, au lieu de se fonder sur une reconnaissance des qualifications, sur l’expérience, sur le niveau de formation et les diplômes des agents concernés. Cette façon de faire qui ne fera que profiter aux agents nouvellement recrutés et nommés à de hauts postes de responsabilité, tout azimut et sans preuves formelles de leur savoir-faire, ne pourra que déboucher sur une mise en cause des appartenances catégorielles.
Le SDRH que le gouvernement de la banque veut mettre en place, avec l’assistance de certains supposés représentants du personnel (dont le coordinateur n’est autre que l’adjoint du Directeur de Dar-As Sikkah qui représente plutôt le gouvernement que le personnel de la banque) et des syndicats maisons, ne fera qu’aligner vers le bas tout notre système social.
Avec la « nouvelle stratégie ressources humaines », le gouvernement de la banque met les directeurs d’entité sous pression pour obtenir, par tous les moyens, soi-disant, des « gains de productivité ». Pour quelle raison ces mêmes directeurs ont-ils été exclus du SDRH ? Sont-ils promus à vie à leurs postes, si oui, alors qu’en est-il de la gestion des compétences et du pôle d’excellence recherché par BAM ?
Avec l’instauration du SDRH, ces mêmes directeurs auront des moyens accrus pour faire peser la pression sur tous les agents sans avoir à se justifier car étant hors SDRH. Ils auront tout pouvoir pour attribuer ou non des « primes de performance » individuelles pour les cadres comme pour les non cadres. Comme ces directeurs ont déjà tout pouvoir pour décider du classement, et donc de l’avancement de « leurs » agents, et demain, lorsque tous les agents seront « rattachés » à une fonction, ils auront tout pouvoir pour décider des parcours professionnels de chacun. L’avenir du personnel se joue donc à travers les projets du nouveau statut du personnel et du SDRH qui vous seront soumis pour validation.
C’est pourquoi les syndicats FDT et UGTM de BAM dénoncent avec force l’exclusion dont ils font toujours l’objet de la part du gouvernement de la banque, dans le cadre de la gestion desdits projets.
A cet effet, nous dénonçons :
la notion « d’employabilité » érigée en norme absolue de gestion du personnel, sans qu’on sache ce qu’il adviendra des agents qui seront déclarés définitivement « inemployables » ;
le dépérissement définitif de l’avancement et des promotions, remplacés par l’attribution des primes aléatoires et autres salaires variables, … ;
la non validation des acquis de l’expérience qui n’est absolument pas prévue pour déboucher sur une traduction en termes de carrières, à l’opposé de ce que prévoit le statut du personnel en vigueur ;
le refus d’associer les vrais représentants intègres du personnel à la définition des fonctions et de discuter avec les syndicats représentatifs (que le gouvernement de la banque essaye de détruire à tout prix) de la stratégie à moyen terme de la banque et de ses incidences sur les besoins en effectifs, en qualification et en formation.
Enfin, pour quelle raison le gouvernement de la banque veut-il pénaliser indûment les agents de la banque qui n’ont pas bénéficié, durant des décennies, du droit individuel à être formé pour développer de nouvelles compétences ?
Pour quelle raison les agents de la banque, durant des décennies, n’ont-ils pas bénéficié de mobilité professionnelle selon leur choix, pour parfaire leur parcours professionnels qualifiants, et non pas faire l’objet de « mobilité sanction », selon le bon vouloir des hiérarchies ?
Pour quelle raison le gouvernement de la banque n’a pas cru bon de faire usage de la procédure d’appel à candidature interne au profit du personnel de la banque pour les postes ouverts pouvant être exercés par des agents en activité, cherche-t-il à dévaloriser les anciens parmi le personnel ?
Pour quelle raison des cadres qui ont des ambitions légitimes pour occuper des postes de responsabilité, sont-ils délibérément mis au placard alors qu’ils leur restent une carrière de plus de dix années à parcourir à la banque ?
Est-ce que la banque manquait cruellement de cadres au point d’en recruter des centaines en un laps de temps très restreint ?
En tant que partenaires sociaux, devant les attentes exprimées silencieusement et à huis clos, par de larges franges des salariés de notre Institut, nous demeurons engagés dans la dynamique de changement pour défendre les intérêts du personnel, la spécificité de notre Institut et sa riche histoire, afin de hisser l’image de la banque d’Etat au plus haut rang.
Nous demeurons attachés aux valeurs du développement socio-économique tant exprimées par Sa Majesté MOHAMED VI que Dieu l’assiste, ainsi que par le gouvernement marocain qui se veut entrepreneur et démocratique.
Nous vous prions, compte tenu des responsabilités qui sont les vôtres, du fait des pouvoirs qui vous ont été confiés par le législateur, de bien vouloir prendre en considération les craintes profondes du personnel soucieux non seulement de préserver ses acquis, mais également ses ambitions en terme d’évolution de carrière que lui garantit l’actuel statut du personnel. Dans l’optique de la proposition de la validation de ces projets cruciaux pour le personnel de la banque, et avant toute prise de décision à leur sujet,
Madame, Messieurs,
Les syndicats FDT et UGTM de Bank Al-Maghrib sont disponibles pour défendre, en commun, un ensemble de propositions cohérentes pour préserver les intérêts de la banque et ceux de son personnel, et vous saisissent à cette occasion pour que vous assumiez entièrement vos responsabilités en votre qualité de membres de la plus haute instance décisionnelle de la banque.
Nous vous informons par ailleurs qu’une copie de cette lettre a été adressée à Notre Auguste Souverain, Sa Majesté MOHAMED VI que Dieu le Glorifie.
Tout en restant à votre disposition pour tout complément d’information, nous vous souhaitons plein succès dans votre mission très sensible. Rabat, le 11 juin 2007
SYNDICAT DEMOCRATIQUE DE BANK Al-MAGHRIB F.D.T LE SECRETAIRE GENERAL MOHAMMED REGRAGUI
BUREAU SYNDICAL DE BANK Al-MAGHRIB U.G.T.M LE SECRETAIRE GENERAL MOHAMMED SALKI
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